Groupe de Paroles

LA FAMILLE : un partenaire incontournable et compétent
Février 2012

Le 24 février 2012 nous nous sommes retrouvés pour un nouveau groupe de paroles. Sylvie Dompnier, cadre de santé supérieur qui a succédé à Francine BERNARD depuis le 1er mars s'est présentée à cette occasion. Francine a, quant à elle, quitté ce poste d'encadrement pour retrouver avec bonheur celui d'infirmière qu'elle occupait avant.

Ce groupe était constitué d'une quinzaine de personnes, familles et personnel confondus. Les échanges ont commencé par des questions au personnel sur les activités des résidents durant la journée : « comment s'occupe t-il, elle? », « participe t-il, elle aux activités proposées? ».
En fait, la relation duelle, parent-enfant, devient une relation à trois où l'institution joue le rôle du tiers. La famille n'assure plus le quotidien et cherche sa place semble t-il dans ce nouveau lieu. Une personne dira d'ailleurs «  quand je viens, la séparation est souvent difficile. Est-ce que je dois continuer à venir aussi souvent? ». Cette personne dira aussi que sa mère reste en quête permanente de cette relation duelle. A noter que cette question de la place se retrouve également du coté des résidents. Ils s'approprient le lieu et se trouvent une place spécifique. Il s'agit peut-être là d'un thème plus vaste qui est celui de notre place dans la société.
Les personnes présentes ont pu à partir de leurs échanges faire la part entre leurs projections et d'autres interprétations possibles: « Ma mère est toujours assise à la même place, elle nous attend » puis petit à petit l'idée que cette place lui convenait a émergé: « D'ici elle voit les gens arriver, les allées et venues, elle profite des visites des autres résidents... ».
Différencier nos projections et les attentes, souhaits ou inquiétudes des résidents constitue un point important dans le cheminement des familles mais aussi du personnel.

Placement rime souvent avec culpabilité, mais face à ce sentiment les familles ont développé quelques stratégies. Comme nous l'avons déjà évoqué dans un autre groupe de paroles, certaines personnes deviennent très attentives au comportement de leur proche. Elles repèrent des indicateurs d'adaptation à l'institution.
Une autre solution consiste à visiter plusieurs établissements avant de se décider pour l'un d'entre eux. Le choix semble aider la famille face à la culpabilité du placement. En effet, malgré tout, elle reste active par le choix.
Au début du placement, angoisse de séparation d'une part et d'abandon d'autre part semblent se mêler. Une personne dira: « c'est comme quand on laisse son enfant à la crèche ». Puis des rationalisations sont évoquées: « c'est un soulagement car la prise en charge au domicile était trop lourde »« nous n'avions plus de vie »« je me suis rendu compte qu'après le placement j'avais retrouvé le sommeil », « c'est un peu comme si j'avais posé mes valises »... Les citations mettent bien en avant l'ambivalence des familles face au placement.
Soulignons que l'avancée en âge de nos parents nous renvoie à notre propre vieillissement.

Les familles présentes s'expriment aussi sur une réalité qui s'impose à eux: l'inversion de l'ordre des générations. José POLARD, psychanalyste et psychologue, écrit : il s'agit « d'une réactivation de la période œdipienne qui répète les tensions et les crises passées mais qui peut aussi permettre de trouver une issue plus paisible aux conflits ». Cet angle de vue permet de mieux comprendre la difficulté pour les fils d'accéder aux demandes de leur mère. Un rapprochement singulier moins difficile pour les femmes qui s'occupent de leur mère car comme l'a bien dit une participante: « les femmes restent plus habituées aux soins corporels ». Bien sûr cela demeure également délicat pour les relations père-fille.

Ce groupe s'est caractérisé par un soutien mutuel et une entre-aide importante.
En effet les familles constituent entre-elles un étayage compréhensif, sans jugement et dans l'empathie elles ont trouvé les mots justes pour se soutenir face au « séisme familial » (José Polard, 2007) que représente l'admission en Maison de Retraite. Voilà pourquoi les familles constituent un partenaire incontournable et compétent sur lequel il faut miser.

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