Groupe de Paroles

LE TRAVAIL DU DEUIL
Mai 2012

Le 25 mai 2012 se tenait le 13ème groupe de paroles.
Je souhaite tout d'abord remercier les personnes qui assistent et participent à ces temps d'écganges.
La mise en mots de leurs émotions, de leurs réflexions en lien avec l'entrée en maison de retraite de leur proche permet à chaque participant de se sentir moins seul, d'être écouté, compris et d'apporter également aux autres personnes présentes un soutien appréciable.

Pour commencer, les participants qualifient l'entrée en maison de retraite de leur proche comme « un ultime recours ». Les conséquences de l'accompagnement à domicile pour les aidants s'avèrent très lourdes au niveau de leur santé physique et mentale. En effet, l'inquiétude et la fatigue demeurent omniprésentes. Les aidants peuvent se sentir coupés des autres car leur attention reste centrée sur leur parent « je ne parlais plus que d'elle ».

Mme Bombana, présidente de l'Association France Alzheimer 04 nous précisait lors d'une intervention au sein de l'établissement que plus de la moitié des aidants meurent avant leur conjoint atteint de cette pathologie. Il s'agit d'une donnée intéressante qui témoigne de la nécessité pour les familles de se préserver et pour cela de connaître toutes les solutions qui s'offrent à elles et de sortir de leur isolement.

D'autres points importants ont été abordés et certains pour le première fois dans ces temps de paroles:

Une personne a pu aborder son sentiment de frustration lorsqu'elle apporte un présent à son parent afin de lui faire plaisir et que celui-ci n'y accorde que peu d'importance. Voici un éclairage pour comprendre cette réaction et peut-être l'accepter: en vieillissant les personnes semblent se recentrer sur elles-mêmes et donc éprouver des difficultés à investir le monde extérieur mais aussi le présent, nous y reviendrons plus loin.

Une autre personne du groupe ayant elle aussi vécu ce type de réaction a modifié son comportement ainsi que ses attentions: en effet aujourd'hui elle apporte soit des objets avec comme objectif de faire parler le résidant du temps d'avant, du bon temps, soit des douceurs qu'elle partage avec lui. Il faut savoir que le plaisir oral demeure important.

Certains éléments ( comme les difficultés à investir le monde extérieur et le présent mais également les problèmes de mémoire récente ) semblent aussi expliquer la quasi impossibilité pour certains résidants notamment ceux atteints de démence de se souvenir de leurs petits enfants, arrières petits enfants, de leurs prénoms...Ces troubles mnésiques mettent à mal ces derniers qui peuvent les vivre comme un manque d'intérêt à leur égard, mais aussi les conjoints ou les enfants des résidants qui sont sans cesse mis face aux pertes de leur proche. De façon plus générale, le regard des membres de la famille plus éloignés ainsi que leur souffrance « rajoute » de la souffrance aux très proches qui semblent y être très sensibles.

Un autre aspect décrit comme déroutant dans la maladie d'Alzheimer est l'apparition de l'agressivité verbale ou plutôt le fait que les personnes atteintes de cette pathologie disent les choses sans filtre, comme elles le pensent. Le surmoi, c'est à dire les interdis parentaux intégrés dans la petite enfance, s'effrite et laisse ainsi l'inconscient à ciel ouvert. Les ressentis peuvent alors être mis en mots de façon plus crue et donc violentes pour celui à qui ils sont adressés.

Tous ces témoignages amènent une personne à déclarer « ce qui est difficile est de faire le deuil d'une personne vivante ». Je cite alors ceux de la fille d'une résidante qui lors d'un groupe de paroles avait précisé qu'il s'agissait « de faire le deuil de la relation d'avant et d'en construire une autre ».

Les participants s'interrogent aussi sur les réponses à apporter à leur proche. Par exemple: « que dire à ma mère quand elle me demande des nouvelles de mon père décédé il y a longtemps? ». Ce qui semble selon moi important à ce moment là est de leur donner une occasion d'évoquer cette personne, les bons souvenirs à ses côtés... Répondre qu'il est décédé les plongeraient dans une immense souffrance très ponctuelle et sans possibilité de débuter un travail de deuil car cette information serait oubliée aussitôt. Il faudrait la répéter sans cesse et faire revivre ce choc psychologique sans possibilité de l'assimiler.

Pour conclure, Freud écrit à propos du travail du deuil: « Nous ne savons renoncer à rien. Nous ne savons qu'échanger une chose contre une autre ». André Comte-Sponville poursuit: « Il ne s'agit pas de ne plus aimer, ni d'aimer de moins, mais d'aimer autre chose et mieux : le monde plutôt que soi, les vivants plutôt que les morts, ce qui a lieu plutôt que ce qui fait défaut... C'est le seul salut... Aussi faut-il aimer en pure perte, toujours, et cette très pure perte de l'amour c'est le deuil lui-même et l'unique victoire. Vouloir garder c'est déjà perdre, la mort ne nous prendra que ce que nous avons voulu posséder »

Sylvie Lagier, psychologue

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